La Diagonale des fous...c'est vraiment la folie

Publié le par Jean-Phi

Salut everybody

Je vous écris en direct live de la réunion d'où je repars mercredi, afin de vous faire un petit compte rendu de cette course de malades !!!

Après une petite semaine sur place avant la course pour visiter, faire 1 ou 2 petites recos, faire monter la pression un p'tit peu mercredi avec le rendez-vous pour récupérer les dossards, nous voici au stade de cap mêchant à St Philippe. Nous sommes jeudi 13 octobre.

A 22H00, le départ est donné pour les 2364 concurrents présents sur la ligne. Avec John et Jean-Pierre, on est dans le paquet, on se suit de prêt pour ne pas se perdre, le long de ce ruban de bitume de 3Kms que l'on laisse ensuite pour la route forestière,  que l'on va suivre sur 13Kms. On est inlassablement sur la file de gauche, même en restant sur un train de près de 9Km/h qui nous préserve, on grimpe bien et arrivons au kiosque de basse vallée, 1er pointage , 16ème Km, après 800mD+, en 1H39, on est alors juste avant la 400ème place.

La montée devient alors très raide,  sur un sentier étroit (ou devrais-je dire une rampe !) fait de blocs et où il est difficile de doubler, la chenille se morcelle au gré des difficultés de certains à gravir cette pente interminable qui nous amène à l'enclos du volcan.Nous avons fait 8kms de plus mais sommes désormais à 2300m d'altitude.  Nous sommes désormais 300ème après 4H33 d'effort calculé, nous sommes bien...mais il manque Jean-Pierre.

Dans la montée, je donnais un peu le tempo et on est bien remontés, mais Jean-Pierre n'a pas pu doubler à certains endroits sans que nous en apercevions, nous sommes en pleine nuit, aveuglés par les frontales, nous continuons donc ne sachant où il se trouve.

La partie qui suit est roulante, elle sillonne sur les contreforts du volcan, dans la plaine des sables, remonte à l'oratoire Ste Thérèse,piton Textor, sur un sol fait de basalte broyé. Il fait un peu froid, 3°c, mais il n'y a pas trop de vent. Ca va super bien, on est désormais autour des 250.

On attaque alors la descente dans la plaine des Caffres. Ca se complique. Il a beaucoup plu la journée et la nuit précédent la course dans cette zône : 200 millimètres !!!

Même si le chemin est roulant, il est sinueux et longe des barbelés : c'est un peu Holiday on ice, on arrive malgré tout à éviter les barbelés dans nos chutes ! John tempère un peu, il n'est pas rassuré dans cette descente.  J'arrive avant le pointage de "mare à boue" le bien nommé au point de notre assistance perso : Eh oui, on a une assistance perso !!! en la personne de Sylvie, notre ange gardien sur tout notre voyage à la réunion : Sylvie qui nous héberge, Jean-Pierre et moi, qui est aux petits soins pour nous à chaque instant, et qui est là à nous attendre dans le froid du petit matin. Le jour se lève, il est 05H45. On se ravitaille, on se change un peu, John qui m'a rejoint repars presque tout de suite jusqu'au pointage officiel...où nous retrouvons ti cabri !

Ti cabri, on a un souvenir de course ensemble : c'était à la TDS 2009 : j'avais fait quelques kms avec lui en début de course, on avait pas mal discuté, puis il m'avait laissé filer pour prendre le temps de filmer un peu, et avait été rejoint vers la mi-course par John et La Loge, ils avaient alors eux aussi fait un bout de chemin ensemble. On l'a ensuite retrouvé dans le sas de départ, où il nous a filmé, et nous revoici au 50ème km, ensemble de nouveau, autour de la 235ème place.

Petit bout de route avant l'enfer : les organisateurs avaient hésité à nous devier par une route, vu la pluie tombée sur le chemin qui s'annonce, mais ont finalement conservé le tracé initial : celui qui passe par le "bois des couleurs" et la "forêt des Tamarins" avant de rejoindre le gite de Belouve qui marque le début de la descente sur Hell-Bourg.

En fait de couleurs, il n'y en aura qu'une : le marron, celui de la boue ou plutôt du bourbier sans fin qui nous attend. Et pourtant le cadre est magnifique : on entre ici dans une forêt primaire à la végétation luxuriante,  d'où l'on s'attend à chaque instant à voir sortir une bête fauve qui n'existe pourtant pas là-bas !

Et pourtant il faut faire attention à tout : aux racines traitres des fougères arborescentes qui zêbrent le sentier, aux troncs d'arbres courbés sur le chemin qui nous fracassent la tête quand on regarde trop ses pieds, et surtout à cette matière molle et glissante qui recouvre toutes les parties non prises par la végétation et dans laquelle on est obligés de courir : 12 Kms et près de 3 heures de calvaire. Au début, on essaie de faire des petits sauts pour éviter les zônes qui semblent les plus profondes, on glisse, on se rattrape dans bien que mal (ou pas !), puis on se rend compte qu'il faut y aller, patauger, se faire à l'idée de voir à chaque pas ses chaussures disparaître, parfois ses chevilles ou mêmes ses mollets...2 personnes me diront même par un appui malencontreux s'être retrouvées une jambe enfoncée jusqu'à mi-cuisse, une autre sera contrainte à l'abandon pour n'avoir pu retrouver sa chaussure dans ce marais glouton.   

Ôn use une énergie terrible pour s'extraire de cette boue, mentalement et physiquement, mais comme le dit Ti Cabri, à priori, cet exercice de bourrin nous convient assez bien, à John et à moi...et c'est vrai que dans la boue, personne ne va nous passer ...alors qu'on reprend un certain nombre de personnes qui tentent encore déséspéremment de s'accrocher aux branches et de marcher sur la pointe des pieds pour éviter de s'enfoncer trop profondémment !

Arrivée à Hell-Bourg à 10H00, 12 heures de course, 71Kms, et nous voici désormais dans les 190ème, un peu usés mais en bon état, contrairement à certains, dont Vincent DELEBARRE que l'on retrouve dans le parc et qui abandonne là.. 5 petites minutes après, nous repartons. Cet arrêt rapide nous permet même de gagner encore 5 places.

C'est un nouveau gros morceau de la course qui nous attend, en fait pour beaucoup LE gros morceau de la course : la montée du Cap Anglais, 1200m à gravir sur 5Kms avant d'arriver sur les tapes culs qui nous remontent encore de 350m pour arriver au gite de la Caverne Dufourg, situé sous le piton des neiges.

Je prends le tempo de notre trio à mon compte, à une allure que je juge moyenne, qui nous permet de garder un bon rythme sans se mettre dans le rouge et en essayant de s'économiser pour le long chemin qui nous attend encore.  Nous reprenons quelques gars, un autre arrive de l'arrière et nous le laissons passer, pour le retrouver un peu plus loin, arrêté, essouflé, les mains sur les genoux. Plus haut, il revient à la charge et nous double de nouveau...et de nouveau plus loin nous le reprenons alors qu'il coince. Du coup, quand il revient une troisième fois sur nos talons et que je lui propose de passer, il me répond simplement "non merci", jugeant sans doute que le rythme est plutôt pas mal ! Au final, vers la fin de notre "ascension", c'est en fait Ti Cabri qui prend une secousse...ayant vu dépasser de mes poches filets du Camel Back quelques gels, il m'en sollicite un pour se rebooster. Petite pause, il se retape, et on repart. A 10 minutes du sommet, il est à nouveau en hypo, je lui refile un gel, on s'arrête un moment. John ne veut pas casser son rythme, un petit groupe revient sur nous, il repart vers le haut, nous le rejoindrons au ravito. 

Petite soupe là haut, je me pose 5 minutes, mais John a des fourmis dans les jambes, il ne veut pas se refroidir et décide de repartir. Je le branche, en lui disant qu'à la vitesse où il descend, de toute façon, je le rattraperai !

"L'a dit l'a fait", je le reprends dans la descente et file sur CILAOS, la grosse base de vie de la diagonale,  située 1350m plus bas, au 90ème kilomètre.

En fait, de l'étude que j'ai pu faire de temps de course de coureurs l'an dernier, j'ai pu constater que lorsque l'on repart de CILAOS, on a en général couvert la moitié du temps nécessaire pour réaliser la totalité du parcours, on passe de l'autre côté, ça sent déjà bon.

La descente sur le sentier est rapide, malgré ces marches que nous ne quittons jamais. Depuis le volcan, peut-être jamais 10 mètres sur sentier sans passer par des marches naturelles faites de rochers, de racines, ou de marches taillées ! Ca tape et ça use. 

Arrivé au bloc, je rattrape Cathy DUBOIS, on discute et nous filons tous les 2, à un bon rythme (11 à 12Km/h), sur les 3 kilomètres de route qui nous séparent désormais de CILAOS. Elle me fait part du fait qu'elle va sans doute abandonner là-bas, tiraillée par une périostite...C'est exactement ce dont je commence à souffrir depuis une bonne partie de la descente, mais je ne m'en inquiête pas, je vais aller voir le médecin à CILAOS, il va me retaper et je vais repartir, j'essaie de convaincre Cathy de faire la même chose afin de repartir, mais je crois qu'elle n'y est plus. Elle est pourtant alors 3ème senior. Elle ne repartira pas de CILAOS.

L'arrivée dans CILAOS se fait sous la clameur de nombreux spectateurs, ça fait du bien, on se sent des ailes.

D'autant que près de l'aire de pointage, je retrouve la fée Sylvie, bardée de ses sacs de vêtements et glacières aux multiples saveurs ! Je suis  alors 170ème, 65ème vétéran, j'ai de bonnes jambes et le moral est nickel.

Je suis rejoins par John et nous décidons d'aller nous faire masser : moment de bonheur avec 2 kinés chacun (même si sur le coup John a plus de chance, ayant 2 nanas alors que je me retrouve avec 2 barbus !)

Sylvie va nous récupérer nos chaussures et chaussettes de rechange, car nous avons les pieds en piteux état, détruits par des heures de macération dans l'eau et la boue. et nous passons ensuite par la case podologue, où l'on nous crême les pieds.

Concernant mon "bobo", l'avis médical n'est pas très engageant : cette périostite déjà bien installée à gauche commence également à titiller mon tibia droit, tout ça ne peut que se dégrader et la suite directe peut-être la fracture de fatigue. Malgré cela, après la pose d'un strap, je repars.

Petit ravitaillement chaud et 1H10 après notre arrivée à CILAOS (près de 18H00 de course), je décolle de la base. John prend le temps de boire un café, il peut, car vu mon claudiquement, mon allure risque sérieusement de se réduire et il va vite me rattraper. C'est dur de repartir après s'être refroidi, les muscles sont raides et la douleur désormais bien présente.

Direction le col du Taïbit, un nouveau gros morceau, qui marque l'entrée dans le cirque de Mafate. 1300 mètres de remontée après la descente vers la cascade de bras rouge. Beaucoup disent que celui qui passe le Taïbit arrivera au stade de la Redoute à St Denis, terminus du trail, et c'est ma foi en grande partie vrai...Sur HELL-BOURG et CILAOS, près de 1000 abandons seront recensés !!!

Après la descente où je cours en boitant, je remonte sur le ravito du pied du Taïbit, un peu sur une jambe, et forcément la douleur monte un peu de l'autre côté à cause de la compensation...ça ne sent pas bon, d'autant que s'engager dans Mafate, c'est partir sur 40 kilomètres, principalement descendant (ce qui me fait le plus mal), sans échapatoire, avec obligation de remonter de l'autre côté. Ce cirque est inaccessible en voiture, il n'est qu'entrecoupé de multiples sentiers, seuls les plus gravement touchés peuvent en repartir en hélico.  

John me rattrape à 15 minutes du ravito, on reste un moment ensemble mais je lui dit d'y aller. Je vais attendre de savoir où en est Jean-Pierre, dont Sylvie m'a dit à CILAOS qu'il était environ 1H30 derrière nous, en ce qui me concerne, je ne peux plus courir, il faut qu'il fasse sa course, il peut arriver sur des bases de 38 heures, ce qui serait super.

Sylvie nous attend au pied du Taïbit, autour d'un ravito qui ressemble à une grosse fiesta créole à l'ambiance de folie perdue au milieu des montagnes, c'est super. La nuit est tombée. John vient d'arriver, et peu après, arrive Ti Cabri : génial, John et lui vont pouvoir continuer ensemble, il est un peu dans le dur mais il a un dossard avec un numéro qui me fait dire que rien de peut lui arriver : le dossard 13, celui de mon maillot de rugby !

Ils repartent dans le noir alors que je me repose un peu dans la voiture de Sylvie en atendant Jean-Pierre.

C'est près de 2 heures plus tard que je reçois un appel de Jean-Pierre qui nous atend à CILAOS ; coup de speed, on prend la voiture et on redescend. Mésentente qui lui a fait perdre un peu de temps mais lui a au moins permis de se reposer. Pour ma part, c'est de pire en pire, je ne peux pas m'engager dans Mafate comme ça. Après 96 kilomètres,  près de 6000m de dénivelée et pas loin  de 20H de course,  je pose mon dossard, la mort dans l'âme, à CILAOS : je suis dégoûté, dégoûté, dégoûté...

Jean-Pierre se change et repart, avec un reboostage maison : "putain, j'aimerais bien, moi, ne pas avoir cette saloperie de blessure, t'as fait le plus dur, j'aimerais bien être encore à ta place, t'affoles pas, je serais là dès la sortie de Mafate puis aux différents ravitos pour te rapatrier si ça n'allait vraiment pas, donc pas de stress, prend du plaisir, c'est super d'être là,...". Il gardera tout au long de la course les désormais 3 à 4 heures de retard sur John, qui continuera lui avec Ti Cabri, jusqu'à la ligne d'arrivée. A la possession, situé à 20Kms de l'arrivée, nous sommes là à leurs passages, à les aider comme nous pouvons avec Sylvie, à tenter de leur donner de notre énergie, de notre réconfort et de notre aide afin qu'ils terminent cette merveilleuse mais si dure aventure...

Ce sera chose faite, pour John , après 40H52 d'effort, 192ème et 85ème V1.

Jean-Pierre arrive lui en 44H46 et finit 374ème et 171ème V1...il remplit son contrat en terminant avant les 45 heures fatidiques qui lui permettent d'être 1H10 plus tard à laéroport afin de prendre son avion !!! 

Chapeau les gars, félicitations, vous avez fait un truc énorme.

De cette course, sur les 2364 au départ, seuls 1228 arriveront soit plus de 48% d'abandons !!!

Cette course est une folie, on nous nous l'avait dit extrèmement dure, et elle a tenu ses promesses. A côté, il semble que l'UTMB ressemble à une piste verte. Le grand raid est cassant, usant,  aux conditions météo très changeantes, sous un climat qui nous est inhabituel...il est ... LA DIAGONALE DES FOUS......        

 

Jean-Phi

 

Ci-joint un lien pour un album Picasa présentant quelques photos de notre voyage, et à venir prochainement le lien de la vidéo de la course réalisée par ticabri63

https://picasaweb.google.com/101169635289299979101/JeanPhiJeanPierreChristine?authuser=0&authkey=Gv1sRgCO31jIPR76zmzAE&feat=directlink

        

Publié dans Trail

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Pascal Gouérec 18/10/2011 17:48


Bravo à vous trois!
Et des fourmis dans les jambes de ceux qui ne l'ont pas encore fait....


Sandrine 18/10/2011 11:33


Bravo à tous les 3 pour votre courage.
Il était bon le 'ti punch ? ;-)